Descriptif

Programme de recherche pluriannuel, 2012-2018

Dans les années 1960-1970, penseurs des institutions répressives et historiens du monachisme ont âprement polémiqué sur l’analogie entre cloître et prison. En suggérant l’existence de pratiques communes dans des lieux et des institutions divers, ils ouvrirent néanmoins des perspectives qui ont été diversement explorées selon les périodes et les écoles historiques. L’objectif scientifique du projet est donc de dépasser les apories de ces controverses et de renouer les fils du dialogue interrompu entre historiens du cloître et historiens de la prison. Par conséquent, il vise à examiner, de la manière la plus complète possible, l’hypothèse de transferts de savoirs entre des institutions en apparence très différentes, notamment la présence d’une signature du monastère dans la prison et dans d’autres formes de « milieux clos ».

Saint Pierre en prison (BNF, MS Français 187, fol. 31v)

Approfondir la question de l’enfermement et son histoire longue à travers une approche comparatiste des différents « milieux clos » depuis le Moyen Âge (monastères, prisons, hôpitaux, établissements psychiatriques, etc.), c’est étudier un ensemble de dispositifs et de procédures de contrôle et de perfectionnement, qui présentent des parentés et des régularités, mais qui ont été mis en œuvre dans des contextes d’une formidable diversité. Il s’agit donc de dégager des « modèles » par un rapprochement analytique, permettant d’établir des continuités entre différentes formes d’enfermements, d’affiner leur compréhension en les appréhendant à partir de quelques thématiques concrètes pour lesquelles l’institution religieuse médiévale a produit expériences et discours fondateurs.

Car le droit canonique a fortement contribué à la légitimation d’une clôture étroite au Moyen Âge, des formes de savoir religieux ont porté une valorisation de l’enfermement pénitentiel, la transformation des cloîtres en lieux d’enfermement punitif à la charnière des Temps modernes et contemporains a permis une transmission des formes spatiales assignées à certains usages. Ce sont ces procédés et ces savoirs, dont la caractéristique commune est de valoriser et de mettre en œuvre la clôture et qui ont circulé entre le monde des religieux et le reste de la société, que le projet souhaite saisir ensemble.

Collaborations et coopérations

L’Hostellerie des Dames à Clairvaux (Photo : H. Gaud)

Le projet s’appuie sur une collaboration étroite entre des chercheurs appartenant à plusieurs centres de recherche, à Paris et en région, et est réalisé grâce à une coopération étroite avec l’association Renaissance de l’abbaye de Clairvaux, choisi en raison de sa parfaite adéquation avec les objectifs définis dans le programme de recherche. Cette association assure – par délégation de service public – l’animation scientifique et la gestion culturelle du site de l’abbaye cistercienne de Clairvaux, lieu clos singulier qui témoigne encore de six siècles d’ascèse monastique et de deux siècles de rigueur carcérale, le site abritant – à la suite d’une ancienne abbaye cistercienne fondée au XIIe siècle et transformée en centre pénitentiaire en 1804 – aujourd’hui encore une maison centrale en activité.

Le projet s’inscrit en outre dans le programme collaboratif n° 2 (« Savoirs scientifiques, savoirs religieux, savoirs sociaux ») du Laboratoire d’excellence Hastec (Histoire et anthropologie des savoirs, des techniques et des croyances) qui se propose d’historiciser la frontière mouvante entre savoirs profanes et croyances religieuses, en prenant en écharpe des savoirs religieux, des savoirs scientifiques, des savoirs de gouvernement et de l’encadrement social et en essayent de construire des ponts entre eux.

Manifestations scientifiques et opérations de valorisation

Ancien réfectoire de l’abbaye de Clairvaux, transformé en chapelle pour les détenus (Photo : H. Gaud)

Le programme de recherche « Enfermements » combine des opérations scientifiques et des opérations de valorisation. La série de rencontres scientifique a des objectifs généraux et communs : favoriser la coopération interdisciplinaire et internationale entre historiens généralistes, historiens de l’art, du droit, de la religion, sociologues, anthropologues et juristes ; inscrire la privation de liberté, volontaire et/ou répressive, dans une perspective de longue durée ; analyser de manière comparative les logiques propres mais également les logiques communes des différents dispositifs de l’enfermement (qu’ils soient punitifs ou non, forcés ou volontaires, séculiers ou monastiques) et leur évolution historique.

Ces rencontres prennent la suite de deux manifestations organisées en 2009 et 2011 et lors desquelles les jalons de l’histoire commune des deux enfermements, claustraux et carcéraux, ont été posé : Colloque international « Le cloître et la prison » (Troyes et Bar-sur-Aube, 22-24 octobre 2009) ; Journée d’études « Violences et conflits en milieu clos (XIIe-XIXe siècle) » (Clairvaux, 20 mai 2011).

Elles ont permis d’étoffer la réflexion sur les prochains thèmes du projet « Enfermements » ; quatre thématiques ont été retenues afin de prolonger la réflexion commune dans une approche résolument comparative et sur le temps long :

  • Colloque international « Règles et dérèglements en milieu clos » (2012),
  • Rencontre internationale « Enfermements et genre » (2013),
  • Webdocumentaire « Le cloître et la prison. Les espaces de l’enfermement » (2014-2017),
  • Rencontre internationale « Enfermements et travail » (2018).

Ces thématiques forment, sur une période allant de 2012 à 2018, un programme de rencontres scientifiques régulières et aux formes variées. Elles s’accompagneront de plusieurs opérations de valorisation : publication des résultats des différentes manifestations scientifiques (ouvrages collectifs, dossiers thématiques dans des revues scientifiques internationales, publications électroniques) ; projets d’éditions électroniques ; production d’un webdocumentaire, Le cloître et la prison. Les espaces de l’enfermement en 2017.