Le cloître et la prison (2009)

Colloque international

22-24 octobre 2009, Troyes et Bar-sur-Aube

Réclusion, claustration, emprisonnement, incarcération, détention, internement, isolement. Les mots synonymes d’enfermement sont aussi nombreux que les réalités auxquelles renvoie la notion. Ils illustrent les pistes, nombreuses, ouvertes aux spécialistes des sciences humaines et sociales en général, et aux historiens en particulier.

Le grand cloître de l’abbaye de Clairvaux, devenue maison de détention en 1804 (Photo H. Gaud).

L’idée d’organiser un colloque sur ce thème est née de l’intérêt pour les Ordres religieux apparus en Occident aux XIIe (Ordres religieux militaires) et XIIIe siècles (Ordres Mendiants), qui proposent à leurs membres une vie partagée entre le siècle et la clôture, mettent en place un contrôle accru de celle-ci (système des visites, instance centralisée du chapitre général) et révèlent ainsi un changement d’attitude, tant dans l’appréhension du monde que dans la manière de considérer la perfection spirituelle et l’idéal de vie chrétienne.

Ces évolutions doivent être mises en perspective avec la valeur (préventive, punitive, préservative, coercitive…) de l’enfermement dans les sociétés occidentales telles qu’elles apparaissent avant l’époque du « grand renfermement ». Clausura religieuse et enfermement répressif sont en effet deux versants d’une même pratique de contention des corps entre des murs. Des travaux récents, annoncés dans les mois à venir ou en cours, chez les antiquisants, les médiévistes et les modernistes montrent que ce champ d’investigation est très fécond et revêt une authentique dimension internationale.

Certes, on dispose de plusieurs synthèses d’histoire générale des prisons et d’ouvrages collectifs sur la réclusion féminine. Mais il apparaît nécessaire d’établir des liens d’une part entre des recherches très dispersées en historiographies nationales et en spécialités (droit romain, droit canon, histoire religieuse, histoire sociale, histoire culturelle, etc.), mais aussi et surtout entre des recherches qui dissocient les lieux d’étude (le monastère ou le béguinage, la prison, l’hôpital…).

En effet, les questions des conditions de vie en milieu clos, de la valeur de l’enfermement et des résultats qu’on en escompte sont probablement liées au sein d’une société donnée, même si la pénologie et les « politiques pénitentiaires » s’inscrivent parfois, on le sait, dans une grande distance rhétorique par rapport aux pratiques d’enfermement. Les travaux désormais anciens de Michel Foucault (1975) suscitèrent en leur temps une forte polémique, irritant grandement nombre d’historiens ; mais en suggérant l’existence de pratiques communes dans des lieux et des institutions divers, ils ouvrirent néanmoins des perspectives qui ont été diversement explorées selon les périodes et les écoles historiques.

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